🌬️ Origines – Partie 1 : DJ My Stic, naissance d’un nom
Ă€ la grande Ă©poque de la New Beat, quand la techno commençait Ă gronder dans les caves et les garages de Belgique, j’habitais Loverval. J’Ă©tais jeune, mais dĂ©jĂ Ă©quipĂ©e comme une grande : platines, disques, câbles rĂ©cupĂ©rĂ©s Ă gauche et Ă droite, et une dĂ©termination farouche Ă tracer ma propre ligne musicale.
Autour de moi, la mode Ă©tait Ă la pop, Ă l’Ă©lectro-pop, Ă la dance, Ă la New Beat. Moi, j’avais dĂ©jĂ un pied ailleurs :
la soul qui colle au cœur,
le jazz qui respire,
le hip-hop américain qui cognait fort,
le reggaeton et le reggae qui fumaient doucement dans les coins,
et tous ces sons Ă basses profondes qui faisaient vibrer les murs et les ventres.
J’aimais les nouveautĂ©s — Snap! et son I’ve Got the Power, Suzanne Vega et son Tom’s Diner, Funky Mark, Boule Noire, François Feldman, Roch Voisine… Mais j’avais aussi mes trĂ©sors : Elvis, Pink Floyd, The Doors, Chuck Berry, UB40, Front 242, U2, Simple Minds, Madonna, Mylène Farmer, Pet Shop Boys… Un vrai grenier musical, un patrimoine avant l’heure.
Quand mes parents n’Ă©taient pas lĂ , les jeunes du quartier dĂ©barquaient. Ils venaient “squatter”, Ă©couter, fumer, refaire le monde dans une ambiance Bob Marley. Et moi, j’Ă©tais la DJ toute trouvĂ©e.
C’est lĂ qu’est nĂ© DJ My Stic. Pas dans un studio, pas dans un club, mais dans un moment improbable : un disque terminĂ©, un carton restĂ© sur la platine, une main brĂ»lante et collante, et mes amis qui Ă©clatent de rire.
— “HĂ©, t’es DJ My Stic maintenant !” Et voilĂ . Le reggae jusqu’au carton. Le surnom est restĂ©. L’histoire a commencĂ©.
🎚️ Partie 2 — Le CafĂ© Dansant, la Voix, et la Naissance d’un Vrai DJ
DJ Mystic, au dĂ©part, ce n’Ă©tait qu’un jeu d’ados. Un surnom tombĂ© d’un disque, d’un carton, d’une soirĂ©e enfumĂ©e entre amis de Loverval. Rien de sĂ©rieux, rien d’officiel. Dans les fĂŞtes de famille, je jouais, oui, mais sans nom, sans prĂ©tention. Juste la passion, les vinyles, et l’envie de faire vibrer les gens.
Ă€ 17 ans, pourtant, tout bascule. J’ai dĂ©jĂ deux Technics SL‑1200, une table Realistic, deux bons amplis, quatre Ă©normes haut‑parleurs de chapiteau. Je fais trembler les maisons, les verrières, les lustres, les verres. Le son, chez moi, c’est physique. Ça traverse les murs, ça traverse les gens.
Dans le village, un cafĂ© vient d’ĂŞtre repris par un ancien patron de boĂ®tes de Charleroi. Un homme sĂ©rieux, carrĂ©, qui connaĂ®t la nuit. Avec l’accord de mes parents — et sous surveillance d’adultes — je commence Ă travailler les week‑ends. Un vrai patron, un vrai brasseur, un vrai cadre. Et moi, DJ dĂ©butante, mais dĂ©jĂ Ă©quipĂ©e comme une pro.
Les trois premiers week‑ends sont catastrophiques. Personne sur la piste. Salle vide. Ambiance glaciale. Un cafĂ© dansant qui tente de renaĂ®tre… et moi qui joue mes disques de jeune, mes mix propres, mes enchaĂ®nements sans blancs. Techniquement impeccable. Commercialement dĂ©sastreux.
Le patron me prend à part. Il me félicite pour mon matériel, mes vinyles, ma technique. Puis il me dit la vérité :
« Ce que tu joues est bon… mais pas pour eux. Ici, c’est 1001 visages. Tu dois jouer pour les gens, pas pour toi. Trois du mĂŞme style, trois disco, trois rock, trois samba, trois slows, trois valses. Et tes disques de jeune, seulement jusqu’Ă 22h. Et surtout… tu dois parler. Regarde-moi dans les yeux quand je suis en salle, puis regarde ton public. Lie-les avec ton regard. DĂ©veloppe ta quadrature. Ton charisme. »
Il avait Ă©tĂ© DJ, animateur radio. Il savait. Et il m’a formĂ©e.
Mois après mois, le cafĂ© se remplit. On relance l’endroit. On crĂ©e une ambiance. On crĂ©e un rendez-vous.
🎧 Le CarrĂ© Blanc : l’École des MaĂ®tres
Après six mois, on m’envoie Ă Charleroi, au CarrĂ© Blanc, temple de la nuit, rĂ©servĂ© aux +21 ans. Moi, j’ai 17 ans et demi. Tenue de ville obligatoire. Interdiction de m’Ă©loigner Ă plus de 50 cm du DJ rĂ©sident.
Je suis lĂ pour apprendre. Pas auprès d’un DJ… Mais auprès d’un magicien du disque, un gourou de l’animation : DJ Foxy, accompagnĂ© de DJ Junior.
Ce DJ-là va me transformer. Il me montre comment parler et mixer en même temps. Comment enchaîner à la voix. Comment tenir une salle entière avec un mot, un silence, un regard. Il me confie des secrets que seuls les DJ se transmettent entre eux.
Pendant ce temps, mon père me pousse Ă m’entraĂ®ner sur Pink Floyd : mixer sur des points prĂ©cis, des respirations, des micro‑transitions. La rigueur absolue.
🔊 La Montée en Puissance
Mes dĂ©buts au cafĂ© dansant : 10 personnes en pointe d’affluence.
Un an plus tard :
4 amplis
8 haut‑parleurs
la salle du bas sonorisée
la salle du haut sonorisée
le parking sonorisé
De 32 francs belges la soirée, je passe à 1600 francs, parfois 10 000 francs dans mon chapeau noir pour les dédicaces, les annonces, les messages au micro.
Je suis entourĂ©e. Je suis soutenue. Je suis formĂ©e. Et je deviens une DJ demandĂ©e tous les week‑ends, dans diffĂ©rents cafĂ©s dansants.
En plus, le lundi et le mercredi, j’anime une heure sur une radio FM pirate de Charleroi. Ă€ l’Ă©poque, c’Ă©tait courant : chaque cafĂ© dansant avait son heure de mix en direct.
Une cadence infernale. Une école de vie. Une naissance professionnelle.
🎛️ Le CarrĂ© Blanc – L’École des MaĂ®tres (Partie 2)
Le CarrĂ© Blanc, Ă cette Ă©poque, n’Ă©tait pas un simple club. C’Ă©tait une fabrique d’artistes, un laboratoire sonore, un lieu oĂą l’on crĂ©ait la diffĂ©rence. Une ambiance irrĂ©prochable, une Ă©quipe soudĂ©e, une radio FM — Radio Canal 5 — qui diffusait les soirĂ©es en direct, un DJ rĂ©sident, un DJ de renfort, un disquaire de la galerie Bernard… Un Ă©cosystème complet, intemporel, presque sacrĂ©.
Quatre fois par mois, j’Ă©tais lĂ , Ă 50 cm des platines, collĂ©e au pupitre comme une Ă©lève devant son maĂ®tre. J’observais, j’absorbais, j’apprenais.
Pour mes 18 ans, DJ Junior décide de me tester. Un test qui ne va pas passer.
Lui qui me promettait d’ĂŞtre la prochaine rĂ©sidente après lui… Moi qui croyais tenir ma carte maĂ®tresse. Je lui prĂ©pare une mix-tape New Beat pointue, techno fraĂ®che sortie des doigts de DJ Foxy, et mĂŞme un track Ă moi, composĂ© sur FT2. Une cassette d’enfer. Mon “valet d’atout”, pensais-je.
Mais non. Je suis priĂ©e de rester chez moi ce week-end-lĂ . Et d’Ă©couter la retransmission FM du CarrĂ© Blanc.
Ce que j’entends ce soir-lĂ va me pulvĂ©riser.
🎤 Le Choc Daddy K
En direct, sur Radio Canal 5 : DJ Daddy K. Et la prĂ©sentation d’un titre devenu monument belge : “Mais vous ĂŞtes fous !”
Je prends ça en pleine figure. Le style, le scratch, le rap, la précision chirurgicale, la puissance. Un DJ de compétition. Un DJ qui assomme. Un DJ qui redéfinit les règles.
Je rĂ©alise brutalement que je ne sais pas encore jouer DJ comme eux. Que les techniques de l’Ă©poque me dĂ©passent. Que je suis encore loin du niveau des maĂ®tres.
Ce soir-lĂ , j’ai compris que ma cassette dĂ©mo… c’Ă©tait poids plume contre poids lourd.
🌓 Le Retrait Stratégique : Devenir DJ de Studio
ÉbranlĂ©e mais lucide, je me retire du monde DJ “spectacle”. Pas par dĂ©faite, mais par intelligence. Je me replie vers le studio, vers la crĂ©ation pure :
mon Amiga
mon PC
FastTracker II
mon hardware
mes samples
mes patterns
mes idées
Je deviens DJ de studio, plutôt que DJ de scène. Je compose, je programme, je structure. Je développe mon propre son.
Et toujours, dans ma tête, cette soirée de Daddy K. Un repère. Un électrochoc. Un moteur.
🏀 La Renaissance : Les DJ Noirs, le Basket, et la Technique Américaine
Il me faudra quatre ans pour retomber sur d’autres DJ, des rappeurs noirs, Ă Loverval, autour d’un terrain de basket. Avec eux, tout change.
Ils m’apprennent :
la turntablism Ă l’amĂ©ricaine
le scratch propre, net, précis
comment préparer ses boucles
comment marquer ses vinyles
comment placer ses gommettes
comment rapper
comment respirer dans un micro
comment tenir un flow
Trois ans d’entraĂ®nement intensif. Trois ans pour maĂ®triser ces techniques. Trois ans pour fusionner le scratch, le rap, et ma musique FT2.
Je monte en puissance. Je deviens hybride : DJ de studio + DJ technique + compositrice techno/acid.
🥼 La Double Vie : Physique, Arts, et Musique
En parallèle, une autre dimension de ma vie s’impose : la blouse blanche, la rigueur scientifique, le doctorat en physique. Deux mondes qui semblent opposĂ©s, mais qui, chez moi, cohabitent. La prĂ©cision du laboratoire nourrit la prĂ©cision du studio. La crĂ©ativitĂ© musicale Ă©quilibre la discipline scientifique.
💿 Le Secret : Une Piste Angulaire des Années 90
Dans cette période, une autre histoire se tisse. Une histoire discrète, mais capitale.
Une production musicale très particulière. Un contrat avec un major. Une piste angulaire des années 90, en dance / eurodance. Un titre qui, en 2026, est encore joué. Encore remixé. Plus de 200 versions dans le monde.
je sais montrer les preuves. Je garde le silence mĂŞme si le contrat est terminĂ©. Je protège l’Ĺ“uvre. Je protèges son histoire.
La version originale — la mienne — existe toujours. Elle est dans ma discographie DMC Mystic. La version remasterisĂ©e par le major est celle que le monde connaĂ®t. en 4 remix officiels sur le dos de mes grilles prĂ©liminaires et samples , des retouches dans la musique.
Mais moi, j'ai :
la cassettes TEAC (copie de celle qui fut donnée au Major)
les fichiers S3M (fichiers originaux)
les fichiers IT (fichiers originaux)
les fichiers MOD (fichiers originaux)
- les fichiers XM (fichiers originaux)
les sources crées FT2 (fichiers originaux)
La matrice. L’ADN. L’origine.
Et après 30 ans de contrat retour de la piste vers ses origines et gardé au secret.
đź“° PARTIE 4 — DMC Mystic, l’Artiste Invisible qui a MarquĂ© la Musique Belge
Dans le paysage musical belge, certaines figures ont choisi la lumière.
D’autres, plus rares, ont prĂ©fĂ©rĂ© l’ombre. Parmi elles, DMC Mystic occupe une place Ă part : celle d’une artiste qui a traversĂ© trois dĂ©cennies de crĂ©ation en restant volontairement discrète, presque clandestine, tout en laissant une empreinte durable dans la culture club du pays.
Après ses annĂ©es de formation dans les cafĂ©s dansants, les radios pirates et les clubs emblĂ©matiques de Charleroi, l’artiste se retire progressivement de la scène publique. La vie professionnelle, la famille, les enfants : autant de prioritĂ©s qui l’Ă©loignent des platines, sans jamais l’Ă©loigner de la musique. Elle devient alors ce qu’elle appelle elle‑mĂŞme une “DJ de studio”, une crĂ©atrice qui compose, structure et produit loin des projecteurs.
Cette discrĂ©tion n’empĂŞche pourtant pas sa prĂ©sence dans la culture belge. Bien au contraire. Sous divers pseudonymes, dans des compilations de clubs, dans des productions anonymes, on retrouve sa signature sonore : une approche hybride mĂŞlant trackers, techno, eurodance et textures Ă©lectroniques typiques des annĂ©es 90 et 2000. Une contribution souterraine, mais rĂ©elle, qui circule encore aujourd’hui dans les archives des DJs et les playlists nostalgiques. Une autre contribution no name se fera, plus de 175 remix pop en mode white label distribuĂ©s Ă l'Ă©poque par un logiciel spĂ©cial P2P , Soul SEEK https://www.slsknet.org/news/
En 2012, son label personnel, DMC Mystic, atteint un premier sommet : 172 crĂ©ations originales, dont une centaine rĂ©alisĂ©es sous Ejay, le reste en FastTracker II et autres outils de composition numĂ©rique. Un catalogue dense, Ă©clectique, qui tĂ©moigne d’une activitĂ© continue malgrĂ© l’absence de scène.
La mĂŞme annĂ©e, un site web — dmc-mystic.com — voit le jour. Modeste, artisanal, loin des standards commerciaux, il sert avant tout d’archive personnelle. Dix ans plus tard, le site disparaĂ®t, mais son contenu reste consultable hors moteurs de recherches et sur Archive.org, preuve tangible du travail accompli et de la persistance d’un univers musical singulier.
Aujourd’hui encore, la prĂ©sence de DMC Mystic sur Internet demeure volontairement faible : quelques pistes dissĂ©minĂ©es sur YouTube, des traces numĂ©riques Ă©parses, et un hĂ©ritage qui circule surtout dans les mĂ©moires et les disques durs des passionnĂ©s. Une artiste qui n’a jamais cherchĂ© la reconnaissance, qui ne demande rien Ă personne mais qui a laissĂ© une empreinte — discrète, mais indĂ©lĂ©bile — dans la musique Ă©lectronique belge. Une empreinte en 2026 visible par son site , 1500 musiques faites "Ă la sueur" de la souris sur son nom de DJ et Nom de label sur 30 ans et rien de plus ...










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